Affichage des articles dont le libellé est Simon Girard - Dawson Kid. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Simon Girard - Dawson Kid. Afficher tous les articles

samedi 15 décembre 2007

Combat inégal

Dans le métro, Rose est témoin d’un suicide. Traité par l’auteur comme un ballet macabre méticuleusement chorégraphié, cet élément déclencheur nous plonge d’entrée de jeu dans un univers sombre, vaguement malsain, mais duquel se dégage malgré tout une certaine poésie. On suit ensuite pas à pas le parcours de Rose, jeune femme pétrie d’ambivalence et emplie d’une colère sourde, qu’elle tente de sublimer à travers la boxe mais qu’elle ne réussit jamais à contrôler entièrement (violence latente qui se transmet également à sa sexualité).

J’aurais aimé pouvoir m’attacher à cette enfant en marge d’elle-même, à cette jeune fille qui tente de s’émanciper d’un passé trouble, à cette femme qui se cherche dans une sexualité hors normes, mais je n’ai malheureusement pas réussi à le faire. Question de ton, de style? Les descriptions de l’univers si particulier de la boxe, que ce soit la salle d’entraînement, les séances avec Coach, les matchs eux-mêmes, sont particulièrement réussies et dénotent une maîtrise certaine du langage. Les retours dans le passé de Rose – notamment les allusions répétées à ce fameux texte rédigé en Secondaire I qui, selon moi, ne méritait certes pas un 10/10 – convainquent beaucoup moins.

Incapable de saisir la nature exacte de l’objet littéraire créé par Simon Girard, je me suis longuement interrogée. Cherchait-il à faire le récit d’une jeunesse blasée, revenue de tout, qui choisit la violence plutôt que la résistance? Capitalisait-il sur la tuerie de Dawson pour attirer l’attention? Devais-je percevoir le récit comme un roman d’apprentissage, dans laquelle l’héroïne tente d’exorciser un passé familial très lourd? À force de danser sur place, d’essayer de deviner la tactique de l’adversaire, difficile de se laisser happer par l’histoire, à moins qu’elle ne soit narrée avec un style exceptionnel, ce qui n’est pas le cas ici selon moi. J’ai donc abandonné la partie, à défaut d'être mise K.O.

Le coeur en poing

Rose n’a rien de rose. Une vie qui l’a éprouvée. Une famille qui l’a humiliée. Un vide intérieur qui la ronge, la hante alors qu’elle songe constamment à la mort. Pourtant, Rose vit. Avec une rage au ventre. Quand survient la tuerie du collège Dawson, Rose vient de quitter son emploi de danseuse nue. Alors qu’elle pose un regard cru sur le geste du tueur, elle le condamne tout en cultivant une autre forme de violence : celle du ring. La boxe. Car Rose frappe. Frappe et frappe encore. À travers ses larmes, elle entrevoit peut-être une lumière dans la présence Coach, vieil homme usé par la vie et les combats, et dans celle de son voisin et amant de passage, Otto.

Curieux roman que Dawson kid. J’en ai aimé l’écriture saccadée, rythmée, intense. On y voit un rapprochement entre les coups de poing de l’héroïne. Une écriture qui frappe.

Pour le reste, je suis dubitative. Le personnage de Rose est ambigu. Il s’agit d’une jeune femme meurtrie. Obsédée par ses démons, mais très lucide sur la vie. Elle lit beaucoup, malgré ses origines modestes, le milieu duquel elle est issue. Elle écrit, aussi. Car la narration est au « je » et le roman est bâti comme un journal intime. Mais quelque chose dans la cohérence du personnage cloche. D’abord, l’agressivité de Rose finit par agacer puisqu’elle ne mène, finalement, nulle part. Le personnage n’évolue pas. L’histoire se termine en queue de poisson et on se serait attendu à un minimum de « guérison » ou de prise de conscience. Mais non. Le lecteur n’a été mené nulle part ailleurs que dans les élucubrations noires et agressives du personnage central.

Un autre aspect qui m’a agacée est qu’on a du mal à croire à la féminité de Rose. Si l’auteur a réussi, avec ce neuvième essai, à se sortir de l’auto-fiction, on sent malgré tout l’inspiration qu’il puise à sa propre vie. Les réflexions de Rose, sa violence, ses fantasmes sexuels où elle s’imagine violer des hommes m’ont fait sourciller. Finalement, j’ai senti un piétinement de l’histoire vers le milieu du livre. J’avais été happée par le style efficace, frappant, de Simon Girard, mais j’ai vite été étourdie et lassée par la succession des coups de poings.

Un livre qui frappe, certes. Mais sur quelle cible? Je ne sais trop.

Un combat de trop!

Une danseuse nue devenue boxeuse qui aime se perdre dans les livres, fantasme sur la masturbation à répétition et qui a toujours son arme au bout du bras, ça me dérange! Traiter l’abus et la violence par la violence? Je n’ai jamais pensé que c’était la bonne méthode à utiliser et l’auteur ne m’a certainement pas convaincue avec son texte… J’ai refermé le livre après chacun des quatre premiers chapitres en me disant que je n’arriverais pas à me rendre jusqu’au bout. Je l’ai fait par respect de mes engagements, mais ce livre ne se retrouvera certainement pas dans le bas de Noël de mon entourage… J’ai trouvé cela vraiment désagréable que le prétexte de Dawson ait servi à déclencher une autre vague de violence… chez une femme en plus! Beaucoup d’intensité dans certains passages et trop peu dans bien d’autres. Il a définitivement perdu son combat avec moi!

Cible ratée

À part son rythme rapide, nerveux et efficace, j’ai du mal à trouver d’autres aspects positifs à ce roman inachevé. Dawson kid est, tout au plus, un bon manuscrit qui aurait mérité plusieurs retouches avant d’être publié. L’action n’évolue pratiquement pas d’un couvert à l’autre. On nous sert la même sauce à répétition. Le style, loin d’être maîtrisé, est parfois confus. C’est comme si on lisait un tas de mots mal définis qui ne vont pas toujours ensemble.

Le sujet n’est pas mieux. L’histoire de cette jeune fille pleine d’une violence incommensurable qui tente de la faire sortir par le biais de la boxe ou en cognant sur tout ce qui l’entoure manque cruellement d’originalité. Évidemment, sa révolte la pousse à devenir danseuse nue question de se venger sur les hommes et elle se réfugie dans une sexualité brute pour les mêmes raisons. À part quelques retours sur le passé de Rose, l’auteur ne va jamais dans la profondeur des enjeux préférant rester à la surface d’un comportement violent. Les réelles intentions du personnage nous échappent complètement et ça devient vite lassant pour le lecteur.

Je n’ai pas toujours cru au fait qu’il se soit mis dans la peau d’une fille. Dans la plupart des situations, c’est un gars que j’imaginais à la place de Rose. Son obsession pour la masturbation (ça revient constamment tout au long du roman) m’apparaissait comme étant celle d’un gars. Pareil pour l’envie de cogner sur tout ce qui bouge. Je me trompe peut-être, mais c’est comme ça que je l’ai ressenti.

Le lien avec la tuerie de Dawson n’est pas vraiment exploité et m’a semblé un peu facile surtout lorsqu’on a lu le magistral Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver. Simon Girard a voulu en mettre plein la vue en exploitant le thème de la violence, mais à trop vouloir la décrire il a fini par rater sa cible.

Et moi j'ai aimé me battre avec ce livre...

Rose Bourassa ne l’a pas eu facile. Elle a 20 ans à l’automne 2005 quand elle décide de quitter le bar de danseuses où elle travaille, le même automne où un tueur débarque au Collège Dawson lourdement armé emportant sa propre vie et celle d’une jeune étudiante. Rose Bourassa change de vie cet automne-là.

Ce roman porte sur la violence. Celle de nos sociétés, celle des familles, mais aussi sur la violence intime, celle qui rampe au fond de nous. Un Xième roman sur la violence et sur la résilience ? Comme j'en suis sortie bouleversée, il faut croire que le sujet n’est pas encore épuisé. Le coup de force de Simon Girard c’est d’arriver à évoquer les zones floues de la violence entre les rôles de bourreau et de victime. Nous rappelant que le bourreau d’aujourd’hui est souvent la victime d’hier, quand il n’est pas le héros de demain. Le titre même du livre évoque cette ambivalence : «Dawson kid» est-ce le jeune homme meurtrier ou la jeune fille morte de sa folie ? À qui Rose ressemble-t-elle le plus ? Justification de la violence ? Ce n’est pas ce que j’en ai retenu, mais une danse très habile sur un fil très mince avec un personnage principal souvent détestable auquel j’ai pourtant complètement adhéré.

La grande force de l’ouvrage : une narration soutenue, étourdissante, comme sur un ring de boxe. Avec des uppercuts littéraires et des mises au tapis. Par moment, il m’a semblé que c’était un peu trop. J’en arrêtais de lire attentivement à force d’être portée par des réflexions circulaires et décousues. Mais c’est mineur en comparaison au plaisir (est-ce du plaisir vraiment ?), disons plutôt à l’engagement que ce roman a fait naître en moi. Maintenant j’ai envie de faire de la boxe.

KO dès le 1er round !



Elle s'appelle Rose Bourassa. Elle a vingt ans. Il y a deux choses qui ne la quittent jamais. L'idée de la mort, sa propre mort, et une sourde envie de cogner. Que ce soit au Gold, où elle danse autour des poteaux et aux tables, ou dans les couloirs du métro. Jusqu'au jour où elle commence son entraînement à la boxe et où elle fait la connaissance de Coach. Coach qui lui enfonce ses gants comme une mère met sa tuque à son enfant, en la brassant un peu, parce qu'elle est dans la lune, au paradis, entre des mains aimantes. Elle se dit alors qu'elle a peut-être réussi à faire reculer sa mort.
(Extrait du 4ème de couverture)


Je vais être directe : je n'ai pas du tout aimé. Il m'a été impossible de m'attacher au personnage de Rose et à son histoire, ainsi qu'à l'écriture de Simon Girard que j'ai trouvé trop orale, trop proche du langage parlé. Je n'ai ressenti aucune émotion, aucune sensibilité dans ce roman. Ce fût donc une lecture extrêmement pénible car je voulais quand même aller jusqu'au bout, recrue oblige ! Mais non, à aucun moment, je n'ai crû en ce personnage de femme et en son histoire. Et impossible de me raccrocher à l'écriture de Simon Girard. Dommage !

Coups, sueurs et révolte

Je vous le dis d'emblée, Dawson kid est un roman rude... brutal. Rose Bourassa a le coeur froid et n'a pas froid aux yeux. Qu'on se le dise : elle frappe, frappe sur son mal de vivre, sa rancoeur vis-à-vis sa famille, ses frères, son père et la société. Elle s'offre la jouissance d'un déluge de coups qu'elle n'essaie même pas de mesurer. Elle cogne fort et après seulement, elle réfléchit. Pour Rose, les coups sont une thérapie personnelle, comme on dit ici : elle fait sortir le méchant; et dans son cas, c'est une question de survie.

Extrait :

Si j'ai voulu me tuer si souvent ces dernières années, c'est pour la raison de celle qui m'y poussait avant : je ne sens plus rien, donc je n'ai plus mal. Donc rien ne me dit que je suis vraiment en vie, encore. La tête a de la difficulté à y croire. En rêve on se pince, alors que dans la vie on se casse, on essaie en tout cas, on y pense, pour le moins. Si je n'ai jamais eu qu'un seul espoir, c'est de voir le jour où renaîtra la petite princesse rebelle, celle qui n'avait pas peur des coups, qui pouvait tout prendre, qui était née pour faire la guerre, à tout, qui allait tout défoncer. Je ne veux pas, plus jamais pleurer, je suis convaincue qu'il y a des façons plus constructives de sortir le méchant ; je l'ai fait avec tous ces livres que je tenais dans mes jeunes mains. (p. 30)

Simon Girard nous offre un roman extrême rempli de sueurs et de révolte. Une écriture « punchée » sans moyen d'esquiver les émotions pêle-mêle qui surgissent au travers des lignes denses sans répit. Après cette lecture, on se dit : ouf ! J'en suis sortie sans trop de bleus. Lecture très intense.

Réf. : Dawson Kid, Simon Girard, Boréal, 2007, 192 pages, ISBN : 13 978-2-7646-0556-1

vendredi 14 décembre 2007

Rose épineuse

N'attendez pas de moi que je dise que c'est un livre coup de poing. Trop tentant, trop lu, trop vu, s'en est quasiment comique.


Il y a d'autres choses à dire de l'histoire de cette femme écorchée qui trépigne sur un pied et sur l'autre, une femme « gars » avec l'adrénaline poussé à bout et la testostérone à fleur de peau. Cette Rose, une jeune femme que l'on suit en ressentant un fort inconfort. J'ai éprouvé de la difficulté à la suivre, autant qu'à l'abandonner. Pourquoi ne pas l'avoir abandonnée ? Sa douleur répétitive a quelque chose de lassant, une douleur qui ne mène nulle part, c'est dur sur les nerfs. Un exploit de l'auteur qui a réussi à me raccrocher à ses problèmes grossis à la loupe, ces coups de poing (bais oui, je succombe !) à la vie et à celui qui lui a donné la vie. Je me le suis demandé, vous pensez bien, pourquoi si difficile cet attachement, grandissant lentement avec les lignes qui nous passent sous l'oeil ? Je réponds à cause de l'intensité, palpable, celle du créateur de Rose, et je nomme Simon Girard. On sent que ça bouillonne dans cette tête d'écrivain qui pousse le crayon avec instinct et fougue. Son principal talent est de laisser bouillir à gros bouillons sans mettre de couvercle. Il ne faudrait pas mettre de couvercle, ça déborderait c'est sûr.


L'attachement à Rose est essentiel puisque l'on souffle en même temps qu'elle et je l'ai eu ardu, laborieux, pour refus de son sexe. J'ai refusé son « femme » longtemps, presque tout le temps. Je ne la voyais pas femme, cette Rose épineuse. J'entendais et voyais l'auteur tout le temps souffler dans son personnage comme dans un personnage gonflable. Ce n'était pas Rose qui apprenait à donner les coups de poing au bon endroit, entre quatre cordes bien tendues, mais un homme, l'auteur c'est certain. Et puis, il faut dire que les premières scènes de boxe m'ont quelque peu lassée. Décortiquer à ce point un coup de poing, c'est du haut voltige d'écrivain mais est-ce que la spectatrice cloisonnée que j'étais, et non férue de boxe a embarqué dans le ring ? Non. Le goût a été grand de sauter quelques crochets mais je ne l'ai pas fait par respect pour l'auteur, si présent, si intense dans son désir d'être. On ne raccroche pas au nez de quelqu'un qui nous raconte sa vie par petits coups, haletant.


Certaines phrases, certains paragraphes m'ont laissée coite, c'était senti pas seulement écrit, j'étais béate d'admiration devant cet oubli de soi pour se laisser aller au geste d'écrire. Écriture nerveuse et instinctive. Écriture qui s'abandonne.


J'ai hâte de voir le prochain sujet de l'auteur, bien sûr, j'ai hâte. Se donner un peu plus de temps pour peaufiner, pour sortir du jet à l'état brut, qu'est-ce que ça donnerait ? J'ai l'impression que l'auteur écrit à chaud mais que le travail de réécriture n'est pas son fort, entraînant dans le texte des mouvances qui pourraient décourager certains impatients. À ce qui me semble.


Mais un jour, mêlant l'ardeur naturelle au travail acquis, un chef d'oeuvre, pourquoi pas, pourrait être à portée de plume.


dimanche 18 novembre 2007

Sur cyberpresse.ca...

Jade Bérubé
La Presse
Collaboration spéciale

Publié au Éditions du Boréal, Dawson Kid de Simon Girard nous atteint comme un coup de poing bien placé, sans possibilité d'esquive. Par la voix de Rose Bourassa, 20 ans, danseuse au Gold devenue insensible suite à une avalanche de désillusions, l'auteur livre un premier récit audacieux s'inspirant du phénomène des tueries.

Q: On dit que vous avez écrit plusieurs livres, mais Dawson Kid est votre premier publié. Pourquoi? Qui est donc Simon Girard?

R: Je suis un garçon de 28 ans qui sort de sa grotte (rires). Il y a 5 ans, je me suis volontairement isolé dans le but d'écrire, en autodidacte car je n'ai fait que deux sessions d'université. Et puis une promesse de contrat d'édition pour un des mes écrits est un jour tombée à l'eau. J'ai paniqué. J'ai alors écrit comme une machine, compulsivement, pour réparer. J'ai écrit environ 6 romans jusqu'à ce que Dawson Kid arrive.

Q: Bien que la tuerie de Dawson ne soit qu'un des ressorts dramatiques, elle semble avoir été un moteur important de votre écriture...

R: Oui c'était un défi. Je ne voulais pas prendre le tueur comme protagoniste parce que ça aurait été trop facile. J'ai préféré une fille qui a le bagage émotif pour passer à l'acte mais qui est finalement prise de vitesse. Et je voulais qu'elle suscite notre empathie. Pour elle, la tuerie n'est qu'un révélateur qui finalement lui fait prendre un autre chemin. Un meilleur chemin que le tueur? Je ne sais pas. La beauté et l'horreur sont toujours dans la même pièce... L'autre défi était d'écrire une histoire complexe, précise, fine et en même temps accessible.

Q: N'était-ce pas risqué que de se servir de cet événement jusque dans le titre?

R: Oui. Et je ne suis pas une seconde gêné car je sais que c'est une bonne histoire. Je tenais à dénoncer le réflexe de la langue de bois que l'on retrouve après les tueries. Comme si on devenait tous des politiciens quand on en parle. Tout le monde dit la même chose convenue sur ces événements. Ma liberté de créateur a été piquée à vif. On a le droit d'avoir une version des faits différente.

Q: Pourquoi avoir choisi de prendre la voix d'une jeune femme? Et comment être arrivé à une telle justesse?

R: On m'a un jour fait réaliser qu'à travers l'autofiction, je n'écrivais toujours que la même histoire. Ça ma fouetté. J'ai alors cherché à m'éloigner à tout prix de ma vie personnelle tout en continuant de raconter des choses qui me touchaient. Le personnage de Rose est né après avoir lu dans le journal un reportage sur les filles de gang. Pour la justesse, je crois que si on ne connaît pas bien le sujet, on est d'autant plus habile pour inventer ce qui peut remplir les trous. Quand tout est ancré dans la réalité, le fait de raconter l'histoire sur papier perd de sa fonction.

Q-Votre personnage principal, Rose, s'inquiète de son insensibilité. Faites-vous le même constat?

R: En quelque sorte oui. Je parle d'insensibilité comme je pourrais aussi parler " d'habitude ". Quand on s'habitue, on réagit de moins en moins. Soudainement, on réalise qu'on est moins sur le mode de la découverte, de la sensation. La surexposition médiatique génère aussi cet état. C'est une façon de survivre mais c'est aussi une façon de dire : je vois ce qui se passe, je suis témoin, mais ça ne me regarde pas. Cette notion fait effectivement partie de l'aspect éditorial que j'ai voulu donner de l'événement de Dawson.
______________________________

Le dimanche 09 septembre 2007

Dans le ring avec Simon Girard

Valérie Gaudreau
Le Soleil
Collaboration spéciale
Québec

Chaque rentrée littéraire est faite des mêmes attentes : celle du retour de valeurs sûres et d’espoir de découvertes. Cette année, la découverte est arrivée comme un coup de poing et ça s’appelle Dawson Kid, de Simon Girard. Inconnu jusqu’ici, ce Montréalais de 28 ans marque des points dès le premier round avec ce premier roman qui nous présente Rose Bourassa, 20 ans, une danseuse nue qui largue tout pour voir aller voir ailleurs si elle y est. Mais elle ne va pas très loin : le métro, son appartement, la lecture et la solitude comme seuls refuges. Traînant les blessures d’une enfant battue et abusée dès l’âge de sept ans, Rose est déjà vieille.

Elle est maganée, la jeune Rose, et au moment où se produit la tuerie du Collège Dawson, à laquelle le titre du roman fait allusion, elle se dit qu’elle aurait peut-être bien pu, elle aussi, être un « petit garçon mal grandi » qui a fini par crier sa rage au bout d’un fusil. Le suicide ? Rose y a pensé, mais en attendant, elle laisse une chance au destin et son envie de frapper un grand coup, elle l’exprimera au sens propre, en devenant boxeuse. Mieux, « cogneuse », c’est encore plus fort. Et violent. Aidée d’un coach aussi énigmatique que bienveillant « qui lui enfonce ses gants comme une mère met sa tuque à un enfant », Rose criera toute sa souffrance avec ses poings, son cœur et ses larmes. Ses poings, et son cœur, Simon Girard les a visiblement sortis aussi pour écrire ce roman intense, touchant et vif qui démontre une formidable capacité à décrire les émotions de cette jeune femme déboussolée. Malgré le nom du personnage, rien n’est très rose dans Dawson Kid, mais en sortant du ring, un peu sonné, on se dit que le combat en aura valu la peine. On a déjà hâte au deuxième round.

Dans le Voir.ca...

25 octobre 2007

Dans les câbles.
Éric Paquin

Pour son premier roman, Simon Girard se glisse dans la peau d'une écorchée vive ayant choisi la boxe comme exutoire à sa désespérance.
Victime d'un père abuseur dès l'âge de 7 ans, Rose ne parvient à se défaire que graduellement des plaies de son enfance. Danseuse nue, elle ne consomme toutefois ni alcool ni drogue, ce qui lui permet de mettre assez d'argent de côté pour être indépendante quand viendra le temps de quitter le métier. Ce moment survient assez tôt dans la vie de Rose, alors âgée de 20 ans: peu après avoir frappé son père qui est venu la voir danser au Gold, elle démissionne, franchissant un nouveau pas vers la liberté. Un pas qui la conduit directement dans un gymnase de boxe où elle comblera un besoin qu'elle ne peut plus se permettre de refouler: cogner.

Sur un canevas qui pourrait apparaître quelque peu usé (celui du jeune défavorisé qui s'en sort par le biais du sport), Simon Girard pose un regard étonnamment personnel et rafraîchissant. Même si la relation platonique unissant son héroïne au substitut paternel que représente le vieux Coach nous fait immédiatement songer à celle de Million Dollar Baby, l'écrivain évite l'approche psychologisante qui accompagne souvent ce genre d'histoire. Véritable objet littéraire, y compris dans ses légères imperfections, Dawson Kid suggère davantage qu'il n'explique, provoque intelligemment plutôt que de chercher à choquer inutilement, tant par l'originalité de sa voix que par la brutalité de son propos.
Ce propos, auquel l'intrigue sert de prétexte, c'est quelque chose comme le sentiment que l'être humain a de sa propre mortalité. Jusqu'au tournoi final sur lequel le roman s'achève inévitablement (et de façon tragique), Rose est habitée par cette idée qui la fait hésiter entre sa volonté d'en finir une fois pour toutes et celle de donner encore une chance à la vie. Mais dans le wagon du métro où, à la toute première page du roman, la narratrice songe à mettre fin à ses jours, c'est le suicide de quelqu'un d'autre qui la frappe, l'imprégnant du souvenir d'un "temps mort", celui où le corps de l'inconnu, heurté sous ses yeux et encore debout pour un très bref instant, semble "immobilisé pour la photo de la mémoire". Ce motif du mur (mur auquel on se frappe, écran ou miroir qui nous renvoie notre propre image) parcourt ainsi tout le livre. Selon Rose, les suicidaires sont toujours les mieux placés pour témoigner de la valeur de la vie...
Lorsque survient la tuerie du Collège Dawson, auquel le titre du roman fait écho, Rose se questionne justement sur sa propre agressivité. Grande lectrice de journaux, elle critique le traitement médiatique de cette affaire qui nourrit dans la population l'effet de crainte recherché par le tueur auquel elle s'identifie brièvement: "Je les comprends, ces tueurs, qui se détestent tellement [...] et se retournent contre le monde pour survivre un peu plus longtemps, avant d'en finir." Parlant le langage de la désillusion et de l'insensibilité, Rose laisse malgré tout poindre la possibilité d'une rédemption au bout de sa "vie morte depuis longtemps". La liaison qu'elle entretient depuis peu avec son voisin Otto, et au sein de laquelle elle accepte peu à peu de s'ouvrir à l'autre, témoigne d'une pulsion de vie qui confère une touche d'espoir essentielle à Dawson Kid.

Chez Canoë...

Mission accomplie
Virginie Roy

Le Journal de Montréal
18-08-2007 05h00

L’écrivain Simon Girard s’est battu pour atteindre son objectif, celui d’écrire son premier roman. Mission accomplie. Dawson Kid sera en librairie dès cet automne.

L’écrivain Simon Girard, 28 ans, est un passionné. Pour écrire, il a tout sacrifié: temps, argent, amis… «J’ai été sur le bien-être social et je faisais des études cliniques pour subvenir à mes besoins. La seule chose que je voulais faire, c’était écrire des romans», explique-t-il.
Simon Girard dit avoir eu une révélation entre le secondaire et le cégep. La lecture d’un roman d’Alexandre Jardin lui a confirmé sa passion pour la littérature. «J’avais envie d’écrire mon propre Alexandre Jardin. Je me suis donc enfermé tout l’été dans mon sous-sol sans voir mes amis et j’ai écrit. Juste pour voir ce que j’avais dans les tripes», dit-il.

Et ce qu’il a dans les tripes donne un excellent résultat. Après avoir écrit plusieurs romans, la maison d’édition Boréale lui a enfin donné sa chance.

C’est le roman Dawson Kid qui lance enfin la carrière de Simon Girard. «Je veux vivre demes romans jusqu’à au moins cinquante ans. Je suis prêt à tout», explique-t-il.

Dawson Kid

Rose Bourassa est danseuse nue. Elle le fait pour se réapproprier soncorps,pour redevenir la vedette qu’elle était plus jeune.

Mais elle est surtout suicidaire, fataliste et elle refoule ses émotions. «Rose aurait très bien pu être le tireur fou du cégep Dawson», explique l’écrivain.

On entre avec efficacité et doigté dans le monde d’une femme où la boxe devient son moteur de survie.

«J’ai été très influencé par le film Million Dollar Baby. L’histoire de Dawson m’a aussi énormément touché. Tout ça mis ensemble a donné ce roman», raconte-t-il.

Dawson Kid, de Simon Girard, sera sur les tablettes des librairies dès le 28 août. Pour l’instant, l’écrivain ne fait pas relâche. Il espère publier un recueil de nouvelles dès l’an prochain.

Dans Le Devoir...

Christian Desmeules
Collaborateur du Devoir
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007.

Rencontre avec Simon Girard, auteur de Dawson Kid.

Un premier roman généralement bien reçu par la critique. Sensation de la rentrée. Avec Dawson Kid, paru en août chez Boréal, Simon Girard a pondu un roman intense, tendu de révolte, un roman coup-de-poing qui raconte à la première personne le parcours chaotique et la colère d'une danseuse nue âgée de 20 ans, Rose Bourassa, de son passé de victime au désir salvateur de maîtriser son destin.

Sa découverte de la boxe comme exutoire, sur fond de tuerie au collège Dawson, et façon de faire reculer sa propre mort. Son envie de cogner sur tout ce qui bouge pour défoncer le mur d'insensibilité derrière lequel elle se sent prisonnière. «Une petite fille en colère, fatiguée de bouder, à qui on a prêté une paire de gants et un corps auquel il est permis de tout faire, dans les règles.»

Poigne solide, cheveux ras, chemise rouge largement déboutonnée, carrure de judoka, l'auteur de 28 ans déplie d'abord quelques feuillets où sont imprimés des extraits choisis de Dawson Kid, un premier roman gonflé de rage, de violence, de mort aussi, rapidement et largement remarqué par la critique pour ses qualités -- émotion brute, spontanéité.

«Pour répondre en me citant», annonce-t-il un peu maladroitement. Sa façon à lui d'affronter le petit cirque et de donner le change aux journalistes. Il laissera pourtant vite de côté son petit laïus pour discuter spontanément d'inspiration, de discipline d'écriture et d'idéalisme.

S'obliger à écrire

«La meilleure image que j'aurais pour parler de ce roman-là, c'est celle du film d'horreur. C'est pas l'fun, ça t'écoeure, c'est tough, mais tu continues à le regarder parce que ça te tient. C'est comme ça que je décrirais Dawson Kid. Ce n'est pas léger», confie Girard.

Simon Girard évoque sans pudeur les circonstances qui l'ont amené à l'écriture et à la publication de ce premier roman. Ses rêves de devenir écrivain et son choix -- forcément controversé -- de «se mettre sur le B.S.», comme il dit. De s'imposer un mode de vie frugal, de mettre le frein à sa vie sociale et de se retrancher dans son petit appartement jusqu'à ce qu'il n'ait simplement plus le choix. Plus aucune excuse possible pour ne pas écrire.

«On a tous des plans de faire du cinéma, raconte-t-il, pour faire ceci ou cela. Alors, un jour, je me suis dit: "Là, tu vas choisir quelque chose que tu peux commencer ce soir, maintenant, et tu pourras voir tout de suite si tu as vraiment quelque chose dans le ventre". C'était un test. J'avais eu mon quota des discussions de bar. Écrire un livre, je n'avais plus d'excuses pour ne pas le faire», reconnaît-il, conscient d'avoir atteint son premier objectif.

Une publication qui survient après plusieurs tentatives peu satisfaisantes, à ses propres yeux ou à ceux des éditeurs à qui il avait soumis ses manuscrits -- et notamment Boréal, qui a tout de même fini par publier Dawson Kid. «Cette histoire-là, c'est la numéro neuf», dira-t-il à propos de ce premier roman abouti , en évoquant brièvement les huit autres tentatives qui flirtaient toutes plus ou moins avec l'autofiction.

C'est l'arrivée presque miraculeuse d'une voix, celle de Rose Bourassa, le personnage central de Dawson Kid, qui lui a permis de se libérer, estime-t-il, du carcan autobiographique. «On tombe dans le mystique un peu, mais j'ai l'impression que c'est plus elle qui l'a écrit. Aussi, le fait que c'était une fille en faisait quelque chose de plus extérieur, et d'une certaine façon c'était plus fort, comme si ce n'était plus moi qui parlais.» Mais, au final, ajoute-t-il, on finit par se rendre compte qu'on écrit toujours avec son propre filtre et à partir de ce qu'on connaît le mieux.

La folie des grandeurs

Et comment faire pour garder la rage au ventre, pour conserver le sentiment d'urgence et de révolte qui a servi de moteur pour écrire? «Bonne question... Garder la rage... Je ne sais pas trop», avoue celui qui se situe lui-même, comme écrivain, quelque part entre Proust et Bukowski: «Entre l'écriture à l'os et l'animalité de Bukowski, d'un côté, et l'extrême vérité pointilleuse de Proust, de l'autre.»

Idéaliste dans l'âme, presque naïf, Simon Girard confie son désir d'atteindre et de toucher les gens, ses rêves de communion avec le genre humain. «J'ai la folie des grandeurs. Si j'écris... Le minimum, pour moi, serait que cette histoire-là fasse le tour», reprend-il, souhaitant pour son premier roman rien de moins qu'une consécration planétaire. «Si ça fait du bien à du monde, si ça fait apparaître une certaine vérité, si c'est un peu important et si je peux faire partie de la solution...» Le succès, la richesse, la gloire, le Nobel? «Je ne m'attends pas à ça, mais je me prépare pour.»

«Mais, au départ, tu veux sauver ta peau, avoue le jeune auteur qui souhaite vivre de son écriture. Parce que si tu ne sauves pas ta peau, tu ne pourras pas aider grand monde.» Confiant de la suite des choses («J'ai déjà mille pages d'écrites pour l'année prochaine», lance-t-il), Simon Girard assure qu'il ne s'agit que d'un premier round.

vendredi 16 novembre 2007

La recrue du mois de décembre : Simon Girard - Dawson Kid


Quatrième de couverture :

Si je mourais d’un accident, tantôt, en sortant du gymnase, ce serait dommage. Franchement. Je me fâche juste à y penser. N’importe qui dans sa voiture, passant dans la rue à quelques mètres de moi, aura cette possibilité. Tous des petits Dawson en puissance. Il y a peut-être juste deux classes de personne : celles qui se reproduisent, et celles qui se tuent.


Elle s’appelle Rose Bourassa. Elle a vingt ans. Il y a deux choses qui ne la quittent jamais. L’idée de la mort, sa propre mort, et une sourde envie de cogner. Que ce soit au Gold, où elle danse autour des poteaux et aux tables, ou dans les couloirs du métro. Jusqu’au jour où elle commence son entraînement à la boxe et où elle fait la connaissance de Coach. Coach qui lui enfonce ses gants comme une mère met sa tuque à son enfant, en la brassant un peu, parce qu’elle est dans la lune, au paradis, entre des mains aimantes. Elle se dit alors qu’elle a peut-être réussi à faire reculer sa mort.

Simon Girard donne ici un premier roman audacieux. En s’attachant à rendre la moindre sensation avec une précision obsessionnelle, il nous fait entrer dans la peau d’une jeune femme dont la vie peut basculer à chaque instant. On s’immisce dans le quotidien de Rose Bourassa comme on monte à bord d’un manège. On n’a pas d’autre choix que de s’abandonner au vertige.

Source : Éditions Boréal