dimanche 18 novembre 2007

Sur cyberpresse.ca...

Jade Bérubé
La Presse
Collaboration spéciale

Publié au Éditions du Boréal, Dawson Kid de Simon Girard nous atteint comme un coup de poing bien placé, sans possibilité d'esquive. Par la voix de Rose Bourassa, 20 ans, danseuse au Gold devenue insensible suite à une avalanche de désillusions, l'auteur livre un premier récit audacieux s'inspirant du phénomène des tueries.

Q: On dit que vous avez écrit plusieurs livres, mais Dawson Kid est votre premier publié. Pourquoi? Qui est donc Simon Girard?

R: Je suis un garçon de 28 ans qui sort de sa grotte (rires). Il y a 5 ans, je me suis volontairement isolé dans le but d'écrire, en autodidacte car je n'ai fait que deux sessions d'université. Et puis une promesse de contrat d'édition pour un des mes écrits est un jour tombée à l'eau. J'ai paniqué. J'ai alors écrit comme une machine, compulsivement, pour réparer. J'ai écrit environ 6 romans jusqu'à ce que Dawson Kid arrive.

Q: Bien que la tuerie de Dawson ne soit qu'un des ressorts dramatiques, elle semble avoir été un moteur important de votre écriture...

R: Oui c'était un défi. Je ne voulais pas prendre le tueur comme protagoniste parce que ça aurait été trop facile. J'ai préféré une fille qui a le bagage émotif pour passer à l'acte mais qui est finalement prise de vitesse. Et je voulais qu'elle suscite notre empathie. Pour elle, la tuerie n'est qu'un révélateur qui finalement lui fait prendre un autre chemin. Un meilleur chemin que le tueur? Je ne sais pas. La beauté et l'horreur sont toujours dans la même pièce... L'autre défi était d'écrire une histoire complexe, précise, fine et en même temps accessible.

Q: N'était-ce pas risqué que de se servir de cet événement jusque dans le titre?

R: Oui. Et je ne suis pas une seconde gêné car je sais que c'est une bonne histoire. Je tenais à dénoncer le réflexe de la langue de bois que l'on retrouve après les tueries. Comme si on devenait tous des politiciens quand on en parle. Tout le monde dit la même chose convenue sur ces événements. Ma liberté de créateur a été piquée à vif. On a le droit d'avoir une version des faits différente.

Q: Pourquoi avoir choisi de prendre la voix d'une jeune femme? Et comment être arrivé à une telle justesse?

R: On m'a un jour fait réaliser qu'à travers l'autofiction, je n'écrivais toujours que la même histoire. Ça ma fouetté. J'ai alors cherché à m'éloigner à tout prix de ma vie personnelle tout en continuant de raconter des choses qui me touchaient. Le personnage de Rose est né après avoir lu dans le journal un reportage sur les filles de gang. Pour la justesse, je crois que si on ne connaît pas bien le sujet, on est d'autant plus habile pour inventer ce qui peut remplir les trous. Quand tout est ancré dans la réalité, le fait de raconter l'histoire sur papier perd de sa fonction.

Q-Votre personnage principal, Rose, s'inquiète de son insensibilité. Faites-vous le même constat?

R: En quelque sorte oui. Je parle d'insensibilité comme je pourrais aussi parler " d'habitude ". Quand on s'habitue, on réagit de moins en moins. Soudainement, on réalise qu'on est moins sur le mode de la découverte, de la sensation. La surexposition médiatique génère aussi cet état. C'est une façon de survivre mais c'est aussi une façon de dire : je vois ce qui se passe, je suis témoin, mais ça ne me regarde pas. Cette notion fait effectivement partie de l'aspect éditorial que j'ai voulu donner de l'événement de Dawson.
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Le dimanche 09 septembre 2007

Dans le ring avec Simon Girard

Valérie Gaudreau
Le Soleil
Collaboration spéciale
Québec

Chaque rentrée littéraire est faite des mêmes attentes : celle du retour de valeurs sûres et d’espoir de découvertes. Cette année, la découverte est arrivée comme un coup de poing et ça s’appelle Dawson Kid, de Simon Girard. Inconnu jusqu’ici, ce Montréalais de 28 ans marque des points dès le premier round avec ce premier roman qui nous présente Rose Bourassa, 20 ans, une danseuse nue qui largue tout pour voir aller voir ailleurs si elle y est. Mais elle ne va pas très loin : le métro, son appartement, la lecture et la solitude comme seuls refuges. Traînant les blessures d’une enfant battue et abusée dès l’âge de sept ans, Rose est déjà vieille.

Elle est maganée, la jeune Rose, et au moment où se produit la tuerie du Collège Dawson, à laquelle le titre du roman fait allusion, elle se dit qu’elle aurait peut-être bien pu, elle aussi, être un « petit garçon mal grandi » qui a fini par crier sa rage au bout d’un fusil. Le suicide ? Rose y a pensé, mais en attendant, elle laisse une chance au destin et son envie de frapper un grand coup, elle l’exprimera au sens propre, en devenant boxeuse. Mieux, « cogneuse », c’est encore plus fort. Et violent. Aidée d’un coach aussi énigmatique que bienveillant « qui lui enfonce ses gants comme une mère met sa tuque à un enfant », Rose criera toute sa souffrance avec ses poings, son cœur et ses larmes. Ses poings, et son cœur, Simon Girard les a visiblement sortis aussi pour écrire ce roman intense, touchant et vif qui démontre une formidable capacité à décrire les émotions de cette jeune femme déboussolée. Malgré le nom du personnage, rien n’est très rose dans Dawson Kid, mais en sortant du ring, un peu sonné, on se dit que le combat en aura valu la peine. On a déjà hâte au deuxième round.

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