jeudi 15 novembre 2007


J'ai une rubrique sur mon blog où je pose 3 questions, toujours les mêmes, à des écrivains sur leurs lectures. Christine Eddie, l'auteur des Carnets de Douglas, a gentiment accepté de répondre à mes 3 questions !

Merci Christine !


- Quel est votre dernier livre coup de cœur ?

Je ne serai pas originale parce que nous sommes très nombreux à avoir aimé ce livre : L’histoire de l’amour de Nicole Krauss. J’aurais fait le voyage à New York pour rencontrer son héros, Léo Gursky, et essayer de le consoler.


- Avez-vous un livre ou un auteur culte ?

Non, mais j’ai une grande affection pour Romain Gary que je ne connaissais pas encore quand j’ai lu (et aimé) les romans d’Émile Ajar. Puis, comme tout le monde, j’ai été estourbie par Vie et mort d’Émile Ajar, le livre posthume dans lequel Gary révèle, en 1981, qu’Ajar c’était lui. Romain Gary était mort... La bonne nouvelle, c’est que j’avais encore une trentaine de ses livres à lire. Mes préférés : La promesse de l’aube et Les cerfs-volants.


- Comment lisez-vous ?

Dans le silence. En vacances, énormément. Sinon, le soir, avant de dormir.

Simple et beau

Le même jour, deux adolescents parviennent à fuir un destin qui les aurait emmurés. Ils se trouvent, deux ans plus tard, à Rivière-aux-Oies, un village beaucoup trop discret pour figurer sur une carte. Au cœur de la nature généreuse et sauvage, ils s’aiment, à l’abri des rugissements du vingtième siècle. Jusqu’à ce que la vie, comme d’habitude, fasse des siennes.
(…)
Une passion comme au cinéma, qui se déploie à l’ombre d’un arbre, d’une clarinette et de la beauté fragile du monde.

(Extraits du 4ème de couverture)


Voilà typiquement un roman où je ne sais pas quoi vous dire à part « Lisez- le ! C’est très bien. » ! C’est très embarrassant, surtout dans le cadre d’une lecture commune. Alors je vais essayer de faire un petit effort…

En une succession de courts chapitres, avec une écriture simple et belle, Christine Eddie nous raconte l’histoire d’Elena et Douglas, deux jeunes adultes qui vont s’aimer, jusqu’à ce qu’un drame arrive. Christine Eddie nous parle d’amour, de nature et de musique. Une fois ouvert, on se laisse entraîner dans cette histoire jusqu’à ne refermer le livre que sur le mot FIN. C’est donc pour moi une très belle découverte ! Merci Jules !

Un grand merci à vous, amis chroniqueurs québécois, d'avoir accueilli une petite française parmi vous !

Dans le coeur un arbre

Que de douceur et de poésie dans la plume de Christine Eddie! Avec un style sobre et évocateur, elle brode un premier roman dont les thèmes prennent racine dans une nature sauvage et belle. Secrète, vivante et fragile, comme les êtres. Une écriture efficace, sans artifice. Un direct au cœur.

Romain Brady étouffe dans un monde qui ne le reconnaît pas comme sien. Il le fuit pour disparaître au fond de la forêt où on l’oublie. Il vit au sein des arbres, sur des airs de Mozart. Seul.

Éléna Tavernier, après la mort de sa mère, subit sa vie auprès d’un père violent. Un soir, elle tourne brusquement dos à cette existence qui se consume alors derrière elle. Menée vers le village de Rivière-aux-oies, elle apprend la science des plantes et, un jour où elle erre dans la forêt, fait la rencontre de Mozart.

Deux êtres seuls qui se complètent en un tout. Une histoire d’amour aussi intense que brève, interrompue par la naissance d’un enfant. La vie qui sème la mort. Une petite fille dont le père n’arrive pas à surmonter le deuil. Un médecin solitaire et une maîtresse d’école rescapée de l’Holocauste, unis dans l’éducation de l’enfant. Des carnets lus avidement à l’ombre d’un mélèze…

J’ai lu d’une traite ce petit roman simple et beau. Les chapitres, très courts, donnent un rythme rapide à une histoire tout en finesse qui évoque plus qu’elle ne raconte. Même s’il s’agit d’un premier roman, Christine Eddie n’est pas une nouvelle venue dans le monde de l’écriture. La maturité et la retenue émanent de son style bref, percutant. Et le résultat est un roman qui nous habite longtemps après qu’on l’ait refermé.

Christine Eddie, Les Carnets de Douglas. Alto, 198 p.

La vie en soi

Cet attrayant roman se lit comme une histoire d’amours multiples et démultipliées : amour improbable entre Douglas (Romain) et Elena, inconditionnel, presque fiévreux envers Rose, le bébé à naître, penchant ignoré de Léandre envers Elena, tendresse infinie de Léandre et Gabrielle envers la petite Rose, relation fusionnelle de Rose avec son arbre, de Douglas avec la nature, lien intime avec la musique.

Avec douceur et conviction à la fois, l’écriture d’une grande limpidité de Christine Eddie fait basculer le lecteur dans un univers presque onirique. La plume poétique de l’auteur cisèle les paysages, les fait surgir devant nous. Sa voix unique nous raconte, presque en pointillés, le destin extraordinaire de personnages atypiques mais auxquels on s’attache en un instant. Discrètement, ils se découvrent peu à peu, dévoilent leur richesse intérieure, nous touchent par la profondeur de la faille qui les traverse, nous confrontent à la petitesse du monde qui les entoure, à l’intolérance, à la suprématie du progrès technologique.

Christine Eddie jette un regard tendre sur cet univers en suspension et choisit de le traiter de façon presque voilée, comme pourraient le faire certains cinéastes, avec un filtre. Les courts chapitres sont d’ailleurs astucieusement regroupés à l’intérieur de sections à connotations cinématographiques : repérage, gros plan (et fondu au blanc), plan d’ensemble, fondus enchaînés, accéléré, musique, fin, générique. En gravant sur la pellicule les différents éléments qui composent sa fresque, elle laisse au lecteur la possibilité d’y inscrire son propre scénario, d’y jeter un éclairage subjectif, de colorer à sa façon les zones volontairement laissées en plan. Une voix unique, musicale, qui sait à merveille dépeindre la vie qui palpite sous la surface.

Nature humaine

Il s’appelle Romain (il deviendra Douglas par une fantaisie de l’auteure). Il vit reclus dans les bois. Elle s’appelle Éléna. Elle vit dans un petit village aux abords de ce bois. Elle est attirée par cet homme mystérieux. La rencontre finit par avoir lieu. L’amour naît. Commence alors leur étrange destinée.

Pour Les carnets de Douglas, Christine Eddie s’est visiblement inspirée des romans du terroir qui ont vu naître notre littérature. La nature est omniprésente, on est loin des villes et l’ambiance a un petit côté rustique propre au genre.

Je ne suis pas certain que ça me plaise énormément.

Dès le départ, j’ai eu très peu d’empathie pour Romain. Ce qu’il était ne m’intéressait que très peu et encore moins ce qui le poussait à agir. Par contre, je me suis attaché rapidement à Éléna. L’attachement aura été de courte durée. Je ne sais pas pourquoi. Il y a quelque chose dans la construction du roman et des personnages qui m’a échappé tout au long de ma lecture. Les contours sont peut-être trop flous et l’ambiance trop éthérée pour moi. Pourtant, l’écriture de Christine Eddie est belle et maîtrisée, mais je n’ai pas été sensible à son univers.

En fait, je suis resté sur ma faim. Je pense que j’aurais aimé lire ces fameux carnets de Douglas dont on parle souvent dans l’histoire. J’avais l’impression qu’ils auraient été plus intéressants que ce qu’on me racontait jusque là.

Cela dit, ce premier roman n’est pas mauvais pour autant. C’est juste qu’il ne s’adresse pas au type de lecteur que je suis.

D'amour, de nature et de poésie

Dans un premier temps, ce roman est le récit d’une très belle histoire d’amour entre Douglas et Elena. Jusqu’à ce que, dans un mouvement simultané de beauté et d’horreur, naisse la petite Rose. Ce récit est aussi celui d’une Rose qui grandira dans une famille atypique en attente d’un père absent. Très absent. Et qui ne sera pas oublié que parce que périodiquement il enverra à sa fille des cahiers. Les carnets de Douglas.

Ce premier roman de Christine Eddie avait tout pour me plaire. Exactement le genre de plume qui me fait craquer : scènes courtes, très poétiques, impressionnistes. J’adore me faire raconter une histoire sans qu’on me prenne par la main, mais seulement en saupoudrant ici et là des touches de couleurs et de sentiments. Les personnages de femmes m’ont particulièrement touchés. Je voudrais, dans la vie, être une Elena. Quelque chose pourtant, m’a laissé sur ma faim…

Autant le style particulier me semblait convenir à la première partie du roman, à l’histoire d’amour, autant la suite m’a paru plus difficile. J’aurais voulu sentir Rose grandir plus lentement, j’aurais aimé explorer davantage sa relation avec sa mère adoptive. Je me serais attardée sur une tache de couleur pour en explorer les détails et les nuances. Dans cette deuxième partie, j’aurais surtout voulu lire les carnets de Douglas. Parce que malgré le titre, ils n’y sont pas ces carnets. Comme j’aime beaucoup les diaristes et les correspondances, j’ai un peu été déçue de ne pas retrouver ce que, me fiant au titre, j’attendais.

Je transfère maintenant cette attente dans l’espoir de pouvoir relire Christine Eddie dont la sensibilité et la poésie m’ont semblé de proches parentes.

Le souffle de l'amour

Elena et Douglas sont deux êtres solitaires malmenés par la vie que le hasard a fait se rencontrer dans le petit village de Rivière-aux-oies. Ils tombent amoureux et se font un nid d'amour dans les bois. Malheureusement, leur bonheur sera de courte durée puisqu'Elena mourra en mettant au monde leur fille Rose. Incapable de faire face à sa douleur, Douglas laissera Rose aux bons soins du médecin et à l'institutrice du village et partira courir le monde. Il restera en contact avec elle en lui envoyant ses carnets de voyage.

Ce premier roman de Christine Eddie est poétique et enchanteur. Elle nous raconte cette histoire à grands traits comme une fresque permettant du même coup de laisser courir notre imagination dans des paysages qui ont l'air sorti tout droit d'une autre époque. Une très belle lecture pour moi.

Réf. : Les carnets de Douglas, Chistine Eddie, Alto, 2007, 204 pages, ISBN : 978-2-923550-08-4.

Les facettes de l'amour...

Je n’ai pas été happée par le texte, mais plutôt séduite par sa forme. Des chapitres courts qui ne laissent pas place à l’ennui. Concis, l’univers de chacun se fait facile à découvrir. La nature y est poétique et la flûte de Romain séduisante. Le malheur s’abat sur Éléna et Romain, mais en groupe, pour le bonheur de leur petite Rose, chacun campera un rôle nécessaire en souvenir de « Bouclette ». Quelques éléments « classiques » de la situation : la vieille fille (Gabrielle), le vieux garçon (Léandre) et un père désemparé (Douglas), tous prêts au sacrifice pour cette enfant… Une douce histoire d’amour aux multiples facettes, bercée au rythme d’une rivière, d’un village et des saisons. Simple !

mercredi 14 novembre 2007

Une romance familiale à l'eau de Rose

Le titre ne m'attirait pas plus qu'il ne le faut. Une première leçon, ne pas se fier au titre, pas toujours, car j'aurais passé à côté d'un livre que j'ai beaucoup, beaucoup aimé. Un roman goulûment dévoré de la première à la dernière page.


Pourquoi, oui pourquoi, je l'ai tant aimé ? Je commence à croire qu'il est aussi difficile d'expliquer son amour que le contraire. Pour justifier cet amour qui se satisferait pourtant de l'inconditionnel, disons que le style clair, ordonné par des phrase simples, des chapitres d'un seul souffle, avec peu de personnages dévoilés un à la fois, ce style succinct, épuré est venu me chercher là où j'étais.


L'histoire s'annonce par de la dureté ; deux enfants meurtris qui auraient pu se laisser mourir étouffés par le manque d'amour et qui choisissent courageusement d'attraper leur baluchon pour aller voguer, peut-être vers plus de misère physique mais moins de misère morale. Avoir peu mais avoir le principal, la liberté. Ces êtres affranchis de leur famille, Romain et Éléna ont rendez-vous avec l'apprivoisement de leur être intime à partager avec un autre corps, un autre coeur. Leur maison, quelques branches coupés, leur univers, la forêt. Mais l'auteure n'a pas prévu de laisser couler une romance à l'eau de rose. Un bébé vient au monde, Rose, une histoire meurt, une autre naît.


Les thèmes sont nombreux et abordés d'une manière assez originale ; Une famille (atypique) reconstituée, l'amour paternel et maternel, la médecine dans un petit village, la marginalité, le rejet, le déracinement, le père lointain, l'amour du bois, la mort qui survie, la musique.


La forme maintenant. Des titres découpant l'histoire comme un film, oui, pourquoi pas. Le générique, je dois l'avouer, même s'il a assouvi ma curiosité du « après » m'a quelque peu bousculé. La toute fin est si forte, un peu comme dans une nouvelle, l'arrivée du générique et le défilé des personnages a achevé mon émerveillement un peu trop brusquement.


Je viens de feuilleter les pages, un parfum s'en dégage, me fait découvrir un goût ; le revivre.

mercredi 7 novembre 2007

Questionnaire à Christine Eddie

Née en France, Christine Eddie a grandi en Acadie avant de se poser au Québec. Elle a signé de nombreux articles, publié quelques nouvelles, reçu deux prix littéraires (Prix Arcade au féminin et Concours de nouvelles XYZ) et écrit un livre pour la jeunesse, La croisade de Cristale Carton (Hurtubise HMH, 2002). Les carnets de Douglas est son premier roman. Elle a eu la gentillesse de répondre à mon questionnaire.


Croyez-vous que les écrivains ont une responsabilité sociale ?


CE : Les écrivains sont d’abord des citoyens et, à ce titre, ils ont, comme tout le monde, une responsabilité sociale.


La solidarité entre écrivains existe-t-elle ?


CE : Votre question évoque spontanément, pour moi, le PEN club international qui réunit des écrivains du monde entier autour
de la défense de la liberté d’expression et qui travaille à faire libérer les écrivains emprisonnés et persécutés pour leurs écrits. Je réponds oui.


Selon vous, le monde du livre se porte-t-il bien au Québec ?


CE : Malgré un « marché » minuscule, il se publie, au Québec, une formidable variété de beaux et de bons livres. Tout ne va peut-être pas pour le mieux
mais il suffit d’entrer dans une librairie ou une bibliothèque pour constater le miracle.


Est-ce qu'en 2007, nous pouvons dire, qu'enfin oui, nous avons une littérature québécoise ?


CE : Il me semble que le mot « enfin » est de trop dans votre question ; nous avons une littérature québécoise
depuis si longtemps…


Que répondez-vous à un jeune qui vous dit qu'il aimerait bien devenir écrivain ?


CE : Je lui suggérerais de lire, de lire et de lire encore. Et de ne pas hésiter à fréquenter les dictionnaires.


Vous écrivez au stylo, au crayon ou à l'ordinateur ?


CE : La plupart du temps à l’ordinateur, souvent au crayon (avec une gomme à effacer tout près) et rarement au stylo.


Internet a-t-il changé votre façon de travailler et de correspondre ?


CE : Internet me donne accès à une mine d’informations que je mettrais autrement des jours à trouver. Pour ce qui est de la correspondance,
j’ai sérieusement réduit mes frais d’interurbains…


Internet est-il une menace ou un nouveau média de promotion pour les écrivains ?


CE : Un nouveau média de promotion, pourquoi pas ?


Que pensez-vous de l'édition électronique ?


CE : Pas grand chose, encore.


Avez-vous un site Web ?


CE : Moi, non. Mais mon éditeur, Alto, oui : http://www.editionsalto.com.


Vos sites Web préférés sont ?


CE : Je lis régulièrement les journaux dans Internet.


Quel est votre leitmotiv ?


CE : J’en change tous les jours. Ce qui n’est pas bon pour un leitmotiv.


Y a t-il une cause qui vous tient particulièrement à coeur ?


CE : Oui. La protection de l’environnement. L’égalité entre les hommes et les femmes. L’accès à la culture et à l’éducation.


Pour quel écrivain avez-vous de l'admiration ?


CE : De l’admiration, je ne sais pas. Mais je suis très attachée à Romain Gary, Anne Hébert, Nancy Huston, Suzanne Jacob, Joyce Carol Oates,
David Lodge, Serge Bouchard, Marguerite Duras, Lorrie Moore, Kaye Gibbons, Milan Kundera, Geneviève Amyot, Jacques Prévert, Elizabeth Taylor (l’écrivaine britannique, ne pas confondre) et Gaston Miron. Entre autres.


Pour terminer avez-vous une lecture à nous suggérer ?


CE : Il y en aurait beaucoup mais, s’il faut choisir, je propose le « Journal » de Marie Uguay, une œuvre posthume bouleversante qui ressuscite
la voix d’une poétesse exceptionnelle.


Merci madame Eddie !